Laver les ombres
" Dans le brouhaha embué des autres passagers, elle prenait place. C'était un temps rien que pour elle. L'écart avec sa mère, c'est là qu'il s'est creusé. Elle apprenait à aimer la présence des autres, à aimer la vie chahutée de tournant en tournant, même si elle n'entrait ni dans les jeux des plus jeunes, ni dans les conversations des plus âgés. Ni délaissée ni exclue. En retrait simplement. L'espace se recréait autour de son corps où qu'elle soit. C'était dans leur façon de vivre, à sa mère et à elle. Elle avait été élevée comme ça. Et les mots des conversations perdaient leur sens clair dans cet espace-là. Mais elle gardait les voix. Elle contemplait les gestes. Elle aimait la vie en mouvement des autres. " Jeanne Benameur, extrait de Laver les ombres


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